dimanche 25 février 2007

La gauche

En réalité, il est assez difficile de définir la droite et la gauche. Le principe de cette séparation est finalement assez moderne. Au Moyen-âge, la société n’était pas divisée. Lorsqu’un péril s’abattait sur une région ou sur le pays, l’ensemble de la population faisait front commun, sans chercher la division.
Ces divisions ont commencé avec l’introduction du protestantisme, si bien que certains historiens font remonter l’idée de division de la société sur sa gauche à la proclamation de l’Edit de Nantes, en 1598. Eh bien M. Sarkozy y voit justement le fondement de la morale politique moderne dans laquelle il se reconnaît : liberté de conscience, égalité civile... En fait, le prix à payer pour la fin des guerres de religion était justement l’acceptation de la division de la société en une droite et une gauche, cette dernière promouvant la France de M. Sarkozy, dont il appelle une mise à jour des valeurs « qui ne sont pas toujours ce que nous croyons »*. C’est pourquoi il propose de doter l’opposition parlementaire d’un statut officiel, ce qui institutionnalise cette notion de division de la France, pérennise la confiscation du pouvoir par deux partis, revient à reconnaître que la démocratie ne représente que ce qu’elle admet comme peuple, à savoir les électeurs de ces deux partis et eux seuls. Convenez, mon ami, que les fondements de tels idéaux sont bien révolutionnaires ! Il ne s’agit plus, certes, de guillotiner ceux qui ne sont pas du « peuple » reconnu, ou de rééduquer les opposants au régime, donc opposants à ce « peuple », mais tout de même de faire la part des choses entre une opposition légitime et une autre, plus ou moins reléguée au rang de paria. Ce que certains appellent déjà l’UMPS rappelle le PCUS, dont la présidence prenait les décisions les plus importantes du pays. En somme, l’entente collégiale entre les deux chefs de partis, associées à une importance croissante du Parlement, reviendrait à doter la France d’une démocratie populaire.
D’ailleurs, lorsque M. Sarkozy précise que le pays ne peut pas être divisé entre un peuple de droite et un autre de gauche, ce n’est pas pour critiquer cette division comme intrinsèquement de gauche, mais au contraire pour accepter un héritage commun, et se reconnaître autant dans l’héritage de Clemenceau, de Blum et de Jaurès que dans celui de De Gaulle : c’est manifestement de ce passé-là qu’il est fier !
Par la suite, les idées de gauche se sont élaborées comme une opposition aux idéaux qui avaient fait l’unanimité dans la civilisation européenne. Leurs principaux architectes ont trouvé gloire au siècle des Lumières.
La République française trouve ses fondements dans les pensées de ces philosophes. Mais il convient de savoir que ces transformations étaient d’inspiration gauchiste, alors que ce qu’on peut appeler la droite n’a eu de cesse que de chercher à les limiter. Le Contrat social de Rousseau est peut être bien le fondement de notre société actuelle, mais s’en prévaloir pleinement n’est ni plus ni moins qu’une attitude de gauche.
En matière de pouvoir, le refus de la primauté du divin a conduit Rousseau à craindre toute forme de pouvoir, et Montesquieu à théoriser la séparation des pouvoirs. M. Sarkozy revient sur cette théorie sur ce qu’elle a de plus philosophique, de plus opposé à l’ordre naturel qui avait prévalu avant l’avènement du rousseauisme. Ainsi, il souhaite que les magistrats puissent être poursuivis s’ils commettent des erreurs judiciaires. Il milite finalement pour une sorte de justice populaire absolue, où tout magistrat se méfierait, avant de condamner quelqu’un, de la condamnation dont il pourrait être lui-même victime si la rue le récusait. Un peu comme dans les pays où la charia est pratiquée, le pouvoir des magistrats finirait par être remplacé par la ferveur des foules, l’émoi du moment, l’éloquence de quelques tribuns : « Mon point de vue est que la dissolution sociale commence lorsque des gens ont un pouvoir important sur la vie de leurs concitoyens, mais ne sont tenus d’en répondre devant personne ! »*
Plus près de nous, le mouvement de Mai-68 était bien d’inspiration gauchiste. Ces événements sont si récents que la plupart de nos concitoyens en sont d’ailleurs encore conscients ! Pourtant, les modifications sociales qu’il a apportées sont maintenant si acceptées qu’on en oublie leur fondement idéologique. Ainsi, la liberté sexuelle n’a jamais été une valeur universellement acceptée en France. Une telle transformation de la société a fini par dénaturer les notions les plus élémentaires de bien et de mal en la matière, si bien que de pauvres gens se sont transformés en délinquants sexuels. Mais pour ne pas remettre en cause les « avancées » de 1968, on rejette tout lien entre les deux sujets, en estimant que ces délinquants ne sont que des malades « malheureusement incurables »*. Le rôle de la société doit alors se limiter à « se protéger contre ces personnes »*, sans chercher à transformer les bases sociales qui conduisent à de tels comportement. Cela me paraît aussi éloigné de la morale réelle que de prétendre que l’échangisme à outrance n’a aucun impact dans la progression des maladies sexuellement transmissibles !
En réalité, pour M. Sarkozy, l’action politique n’est pas la recherche du bien commun, mais l’activisme : « Les conditions d’exercice du pouvoir changent, pas son but, qui est d’agir. »* On est bien loin de la définition de la politique selon Platon. Cette démarche ressemble plutôt à la notion marxiste de la révolution permanente, appliquée si justement par Mao lors de la révolution culturelle : pour conserver le pouvoir, qui commençait à lui échapper, il inventa cette notion qui consistait à remettre en cause les dirigeants avec l’appui des gardes rouges, jeunes militants à qui tout pouvoir était donné pour condamner ceux qui se seraient embourgeoisés au cours des années de communisme.
D’ailleurs, il estime que « le rôle de l’économie est de produire des richesses, le rôle de la politique est de les partager équitablement »*. On retrouve encore une fois la vision marxiste du rôle de l’Etat, exposée dans Le Capital. Jusque là, le but de la politique était de diriger la cité afin de promouvoir le bien commun. Chacun était libre de produire autant de richesse qu’il le souhaitait, mais il devait participer aux travaux d’intérêts généraux. Les dirigeants devaient veiller à l’ordonnancement de ces travaux et assuraient la sécurité du peuple. Cette notion de travaux d’intérêts généraux s’est transformée en impôts, permettant de payer des fonctionnaires à qui était dévolue cette mission de manière permanente. La gauche a alors envisagé une autre vision du monde : les richesses appartiennent à tout le monde, le rôle de l’Etat est de les confisquer, par des impôts, afin de faire en sorte que ceux qui ne travaillent pas profitent du travail des autres. Mais elle n’a rien inventé : elle s’est contentée de théoriser la vision de la captation des richesses d’autrui pratiquée par les barbares de tous les temps, des Huns aux Barbaresques. Quelle tristesse de voir votre candidat rallié, aujourd’hui, à cette vision de la politique, et surtout vous, mon ami, rallié à lui…

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