dimanche 25 février 2007

La droite

On comprend en lisant La République, les religions, l’espérance que pour M. Sarkozy, être de droite, c’est être pragmatique, reconnaître que trop de générosité peut nuire au bon fonctionnement du pays. C’est pourquoi, même s’il critique la rigidité et l’utopie du modèle social français, il croit néanmoins que « sur le papier, il est incontestablement parfait »*. Finalement, la générosité, c’est la gauche, mais comme il faut être réaliste, il faut se rendre aux évidences et restreindre cet altruisme. Grâce à lui, la gauche retrouve le monopole du cœur, que lui avait confisqué M. Giscard d’Estain. Tout compte fait, pour votre candidat, le monde idéal est de gauche. Quel inversement des valeurs ! Il demande juste à la droite d’être aussi humaniste que la gauche, sur ce qu’il croit être les chevaux de bataille de celle-là : « La droite doit défendre avec le même acharnement que la gauche la justice, l’équité, l’équilibre »*. Mais ce ne sont justement pas les finalités de la gauche, qui souhaite au contraire l’égalité (qui n’est pas l’équilibre), la lutte des classes (qui n’est pas la justice) et le mépris d’être Français (qui n’est pas l’équité). Si la gauche défendait vraiment ces valeurs, eh bien, pour quelle raison devrions-nous nous battre contre elle ?
Les valeurs qu’il croit partager avec la gauche, c’est la réponse à « l’exigence de solidarité qu’elle perçoit au sein de la société »*. Des droits plutôt que des devoirs ? Comme voilà une vision du monde bien à gauche, justement bien éloigné de la justice et de l’équité dont il parle !

D’ailleurs, toute la dialectique de M. Sarkozy consiste à ne pas trop paraître à droite. Ainsi, il se défend d’être trop américanophile, car cela fait certainement trop droitiste. Il reconnaît aussi des réussites outre-atlantiques, sans vouloir passer pour « un suppôt des inégalités et des excès des Etats-Unis d’Amérique »*. Il se défend de n’aimer en Amérique que ce qui est le plus protestant : partir de rien et avoir une réussite exceptionnelle, échouer et avoir droit à une seconde chance, la minimisation des codes sociaux, la discrimination positive. La mise en exergue de ces thèmes est, encore une fois, une forme de matérialisme qui n’est pas de droite. La réussite sociale ne doit pas être le but de la vie. La vie n’est pas une compétition permanente.
D’ailleurs, il veut remettre en question tout ce qui est le plus à droite dans la Ve République, à commencer par le rôle si central de la présidence, qu’il veut « moins monarchique, plus transparente, plus moderne, plus démocratique »*, et à qui il veut supprimer le droit de grâce. Il prône un régime parlementaire, une sorte de IVe République dont le Président serait une sorte de Premier ministre, sans doute pour se préserver tout de même une fonction lorsqu’il s’asseira, car il n’en doute pas, dans l’espéré fauteuil élyséen. Pourtant, nous devons cet équilibre au général De Gaulle qui, en 1958, alors qu’il venait de se convertir au républicanisme, n’en demeurait pas moins un homme de droite, attaché à l’ordre naturel des choses. Sur le plan juridique, la nature républicaine de la France signifie surtout qu’elle n’appartient qu’à elle-même, et n’est pas la propriété d’une famille qui en hérite comme on hérite d’une propriété. Ce concept est davantage juridique que moral. Au jour le jour, ce qui est important est la façon dont le pouvoir est réparti au sein de ceux qui doivent l’exercer. En effet, notre ve République est, sur ce point, d’inspiration plutôt monarchique. Vouloir s’attaquer à cet aspect consiste à remettre en cause l’un des seuls héritages de droite du gaullisme (avec l’indépendance stratégique).

Finalement, être de droite, si l’on doit accepter d’utiliser cette terminologie, c’est refuser les idéologies pour ne reconnaître que la vérité. C’est refuser par exemple une pensée qui va à l’encontre de la réalité pour faire coller la nature à ce qu’on aimerait qu’elle soit. C’est reconnaître, comme Benoît XVI à Ratisbonne, la primauté de la raison. A contrario, lorsque M. Sarkozy dit, à propos des homosexuels, que « la sexualité n’est pas un choix, mais une identité »*, il exprime une idée que cherchent à répandre des lobbies bien actifs dans notre société, mais qui n’est que pure fantasmagorie. L’idéologie sous-jacente cherche pourtant à affirmer quelque chose de vrai, la non discrimination des gens qui pratiquent des relations sexuelles avec les personnes du même sexe. Mais l’on ne naît pas homosexuel comme on naît petit ou grand, blond ou brun, homme ou femme. La non discrimination doit simplement s’entendre comme le fait de ne pas juger les personnes sur leur comportement, bien que le comportement lui-même puisse être condamnable s’il le mérite. Finalement, être de droite, c’est tolérer les personnes au nom de la charité sans tolérer les actes mauvais. Etre de gauche, c’est le contraire, c’est-à-dire tolérer toutes les erreurs de comportement sous couvert de libéralisme sans tolérer les personnes qui refusent le système.
La pensée de droite se distingue aussi par une certaine idée de la hiérarchie au sein de la société. Cette idée se rapproche d’un modèle aristocratique de la société tout entière, non pas une société d’inégalités, mais un ordre où les meilleurs occupent les places où ils peuvent faire de leur mieux : un bon ébéniste est quelqu’un qui sait faire de bons meubles, un bon officier est celui qui sait bien commander, un bon juge a le sens de la justice, un bon ministre réunit les qualités intellectuelles rares qui lui permettent de mener une politique qui ira dans le sens du bien commun. Pour M. Sarkozy, l’essentiel, pour gouverner, c’est seulement d’avoir été choisi : « En politique, il est plus dangereux d’avoir été juste nommé que d’avoir été contraint de conquérir »*. Pour lui, être le meilleur, c’est être celui qui a su le mieux naviguer dans les arcades politiciennes, qui a su convaincre des millions de gens dont la politique n’est pas le métier, qui a choisi le meilleur conseiller en communication, qui a pu obtenir le plus d’argent pour mener la campagne la plus médiatique, qui a su se rallier le plus de journalistes... Même si cet argument est surtout orienté contre celui qui est censé être son chef au gouvernement, cette attaque personnelle cache une réalité philosophique : le suffrage universel donne l’onction qui révèle la compétence nécessaire au gouvernement du pays. Cette vision à la Rousseau, bien que partagée par de nombreux penseurs modernes, n’est pas celle qu’on peut convenir d’appeler une vision de droite.
M. Sarkozy est un peu l’anti-Napoléon. Ce général, issu de la gauche (des mouvements révolutionnaires), avait voulu appliquer une politique de droite et en apportait la preuve par le soutien qu’il avait obtenu de l’Eglise catholique, qui à l’époque incarnait auprès de tous la garantie d’une conformité avec les valeurs morales. Votre candidat, lui, serait issu de la droite, applique une politique de gauche, avec le soutien moral d’associations immigrationnistes ou de « jet setteurs » tels qu’Arno Karlsfeld. C’est bien cette morale là qu’il invoque très explicitement pour justifier qu’il ne peut pas refuser de scolariser, en France, les enfants d’immigrés clandestins.
Finalement, leur seul point commun entre Napoléon et M. Sarkozy est que la philosophie à laquelle ils adhèrent reste de gauche, puisque l’Empereur des Français, sous cette couverture conservatrice, cherchait bien à imposer, avec les mêmes méthodes sanglantes que celles de Robespierre, la philosophie des Lumières au monde entier.

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